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La fiche radioactive de Pierre et Marie Curie

Sur une fiche cartonnée datée du 22 avril 1902, Pierre et Marie Curie réalisent ensemble le calcul du poids atomique du radium. Cette « simple fiche », toujours radioactive, document historique à la valeur patrimoniale inestimable, a été restaurée en 2013 pour la préserver de l'usure du temps. Un fac-similé a été réalisé et c'est cette reproduction qui est exposée au Musée Curie.

La fiche radioactive de Pierre et Marie Curie : trésor du musée

L'original de cette fiche cartonnée, datée du 22 avril 1902, a été détachée dans les années 1950 d’une des notes de laboratoire de Pierre et Marie Curie pour être montrée au public. Cette note de laboratoire de Pierre et Marie Curie est un trésor du musée, car il s’agit à la fois d’un témoignage du travail commun des deux savants, de la détermination de la masse atomique du radium, mais également de la longue durée de vie de la radioactivité.

Que voit-on sur la fiche ?

Cette fiche contient les résultats des expériences de chimie réalisées par Pierre et Marie Curie pour le calcul de la masse atomique du radium. L’écriture de Pierre Curie apparaît dans les deux tiers supérieurs. Il y indique tout d’abord les mesures de l’expérience et les composés chimiques en jeu : le chlorure d’argent et le chlorure de radium (0.1 g de RaCl2). Dans un deuxième temps, il pose des calculs pour arriver au résultat d'une estimation de la masse atomique : Ra = 223.3 u. La valeur actuelle, admise par la communauté scientifique, plus précise, est de 226.053 u. Dans la partie inférieure, l’écriture de Marie Curie décrit l’expérience de contrôle avec les mesures et le calcul, puis une interrogation posée par le résultat.

Que ne voit-on pas sur la fiche ?

Nos cinq sens ne nous permettent pas de détecter la radioactivité : on ne peut pas la voir, ni la sentir, l’entendre, la gouter ou encore la toucher. En 1958, Frédéric Joliot va pourtant mettre en évidence l’existence d’une radioactivité émanent de cette fiche en en faisant une autoradiographie* : la plaque photographique utilisée va être impressionnée par le rayonnement issu de la fiche. Il réussit ainsi à obtenir une « image » de la radioactivité présente sur le papier. Il est alors possible de voir les microgouttelettes de radium ainsi que des marques linéaires, probablement dues à une spatule ou un stylo contaminé déposé sur la fiche. La trace la plus impressionnante est celle d’un doigt, laissée sur la page par Pierre ou Marie Curie en tournant la page.

*Publiée dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 17 février 1958, t. 246, pp. 1000-1003.

> A retrouver en intégralité sur le site de Gallica...

Pourquoi la fiche est-elle toujours radioactive ?

En 1902, Pierre et Marie Curie mènent leurs recherches dans leur "hangar" situé à l'ESPCI rue Vauquelin à Paris (5e arrdt.). Ils travaillent depuis presque 4 ans avec le radium et n’ont pas encore mis en place de réelles mesures de radioprotection puisqu’ils découvrent tout juste les effets néfastes des rayons sur leur propre organisme. Lors de leurs expériences, le radium se retrouve sur les ustensiles qu'ils manipulent, sur leurs mains mais aussi dans l’air environnant. Leurs carnets de laboratoire et leurs fiches de notes, posées directement sur les paillasses où ont lieu les expériences, reçoivent involontairement des dépôts radioactifs. En 1958, Frédéric Joliot détermine que la fiche contient 0.3 microgramme de radium. Comme toute substance radioactive, cet élément perd la moitié de sa radioactivité sur une durée de temps T qui lui est propre, appelée période radioactive ou demi-vie. Pour le radium, elle est de 1622 ans. Cela explique qu’après plus de 110 ans, l’original de cette fiche, aujourd’hui préservée au Centre de ressources historiques du musée pour des raisons de conservation, continue de faire crépiter les compteurs Geiger !

Le fac-similé de la fiche radioactive exposé au musée

> Découvrir le fac-similé dans la visite virtuelle du musée