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Décembre 1935 : les Joliot-Curie lauréats du Prix Nobel de chimie

En décembre 1935, Irène et Frédéric Joliot-Curie recevaient le Prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité artificielle. Redécouvrez le contexte de cette découverte et l'histoire de la remise du prix.

Novembre-décembre 1935, le Prix Nobel de chimie des Joliot-Curie

Le 14 novembre 1935, Frédéric Joliot reçoit le télégramme suivant du secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences suédoise, Henning Pleijel : "J'ai l'honneur de vous informer que l’Académie royale des sciences de Suède a décerné le Prix Nobel de chimie de 1935 à vous et Madame Curie-Joliot".

Un mois plus tard, le couple participe au Musée National de Stockholm à la soirée organisée à l'occasion de la distribution des Prix Nobel, le mercredi 11 décembre de 21h à 23h. Ils sont accueillis par le roi de Suède, Gustave V. Au programme du gala : un repas sur le thème de la gastronomie française et un orchestre de musique classique. Au menu : caviar d'esturgeon, consommé princesse, paupiettes de soles Cancalaise, cimier de daim poivrade, faisans en Belle-vue Montmorency, glace royale, fruits de saison et friandises ! Dîner sur des airs de Mozart, Wagner, Massenet, Puccini...

Leur collègue, James Chadwick, gagnant du Prix Nobel de physique pour la découverte du neutron, est également de la fête. Pourquoi préciser cette anecdote ? Car pour la petite histoire, les Joliot-Curie manquèrent de peu cette découverte en 1932 !

Les discours Nobel de Irène et Frédéric Joliot-Curie

Enfin, le 12 décembre 1935, ils prononcent leurs discours officiels de réception du Nobel. Les deux lauréats décident de prendre chacun la parole. Comme leurs collègues considèrent qu’Irène est la chimiste du couple, et Frédéric le physicien, ils font l’inverse pour leurs présentations : Irène traite la physique et Frédéric la chimie. La conférence Nobel de Frédéric Joliot marque à la fois la continuité de l’œuvre de Pierre et Marie Curie et une anticipation brillante des applications possibles de la radioactivité artificielle, qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’exploration de la matière et l’utilisation des atomes.
« (…) Si, tourné vers le passé, nous jetons un regard sur les progrès accomplis par la science à une allure toujours croissante, nous sommes en droit de penser que les chercheurs construisant ou brisant les éléments à volonté sauront réaliser des transmutations à caractère explosif, véritables réactions chimiques à chaînes. Si de telles transmutations arrivent à se propager dans la matière, on peut concevoir l’énorme libération d'énergie utilisable qui aura lieu. Mais hélas, si la contagion a lieu pour tous les éléments de notre planète, nous devons prévoir avec appréhension les conséquences du déclenchement d'un pareil cataclysme. Les astronomes observent parfois qu'une étoile d'éclat médiocre augmente brusquement de grandeur, une étoile invisible à l’oeil nu peut devenir très brillante et visible sans instrument, c'est l’apparition d'une Novae. Ce brusque embrasement de l’étoile est peut-être provoqué par ces transmutations à caractère explosif, processus que les chercheurs s'efforceront sans doute de réaliser, en prenant, nous l’espérons, les précautions nécessaires. » Conclusion de la conférence Nobel de Frédéric Joliot, 1935.

> Téléchargez les conférences Nobel de Irène et Frédéric Joliot-Curie [pdf]

Janvier 1934 : Irène et Frédéric Joliot-Curie découvraient un nouveau type de radioactivité

C’est au début de 1934, que Irène et Frédéric Joliot-Curie annonçaient les résultats de leurs travaux menés à l’Institut du Radium, dans les lieux même où aujourd'hui est installé le Musée Curie.
A la séance du 15 janvier de l’Académie des sciences, ils décrivaient dans une note présentée par Jean Perrin leur découverte d’"un nouveau type de radioactivité ". La découverte de la radioactivité artificielle a ainsi marqué l’histoire des sciences et de la médecine. Il devient possible de fabriquer des éléments radioactifs qui n’existaient pas dans la nature.
Afin d’apporter une preuve chimique de la création de nouveaux radioéléments artificiels, Irène et Frédéric Joliot réalisent la séparation chimique des premiers radioéléments artificiels : le radioazote et le radiophosphore.

> Découvrir la reconstitution du matériel utilisé par Irène et Frédéric Joliot-Curie exposée dans le musée. > En savoir plus sur ce matériel...

Une découverte dont Marie Curie fut le témoin

Cette découverte a eu lieu à l'Institut du Radium, dans le laboratoire dirigé par Marie Curie, quelques mois avant sa disparition. Marie Curie décède en juillet 1934, avant de voir sa fille et son gendre recevoir le Prix Nobel de chimie l'année suivante. Frédéric Joliot se souvient : « Marie Curie a été le témoin de nos recherches et je n’oublierai jamais l’expression de joie intense qui s’est emparée d’elle lorsque Irène et moi lui avons montré dans un petit tube en verre le premier radioélément artificiel. Je la vois encore prenant entre ses doigts, déjà brûlés par le radium, ce petit tube de radioélément, d’activité encore bien faible. Pour vérifier ce que nous lui annoncions, elle l’approcha d’un compteur Geiger-Müller et elle put entendre les nombreux tops du numérateur de rayons. Ce fut sans doute la dernière grande satisfaction de sa vie. Quelques mois plus tard, Marie Curie décédait d’une leucémie. » (Frédéric Joliot-Curie in "Les grandes découvertes de la radioactivité", La Pensée n°74 (juillet-août 1957), page 13).

> En savoir + sur les parcours de Irène et Frédéric Joliot-Curie

Pour rappel : « Curie, la famille aux cinq Prix Nobel »

Cas unique dans l’histoire de ces prix, la famille Curie, deux couples sur deux générations, a remporté pas moins de cinq prix Nobel !
• 1903 : Pierre et Marie Curie obtiennent, avec Henri Becquerel, le prix Nobel de physique, pour leurs recherches sur les radiations.
• 1911 : Marie Curie est lauréate du prix Nobel de chimie, pour ses travaux sur le polonium et le radium.
• 1935 : Irène et Frédéric Joliot-Curie reçoivent le prix Nobel de chimie, pour leur découverte de la radioactivité artificielle.