Les femmes du laboratoire de Marie Curie


Nombre de travailleurs du laboratoire de Marie Curie étaient en fait des travailleuses ! Des chercheuses, des techniciennes, des laborantines...aujourd'hui oubliées. Voici le parcours de quelques-unes d'entre elles, reconstitué par Natalie Pigeard-Micault, historienne des sciences et responsable des ressources historiques au Musée Curie.

Deux années de travail ont été nécessaires pour redonner vie aux 45 femmes qui ont travaillé dans le laboratoire de Marie Curie. Des recherches dans les archives, des études généalogiques, des témoignages de celles et ceux qui les ont connues, des archives et des photographies retrouvées chez leurs descendant·es... L'ensemble des informations ainsi récoltées ont permis de reconstituer un récit de vie de chacune de ces femmes oubliées, qui ont pourtant, grâce à leur travail, fait progresser les connaissances scientifiques.

Les trajectoires personnelles et professionnelles de l'ensemble de ces femmes sont racontées dans le livre de Natalie Pigeard-Micault "Les femmes du laboratoire de Marie Curie". La diversité de leurs profils et parcours permet de sortir des stéréotypes, en donnant des images incarnées des femmes scientifiques de la première moitié du XXè siècle.

Nous restituons ici, en résumé, les parcours de quatre d'entre elles.

Jeanne Ferrier, épouse Lattès puis Fournier (1888-1979)

« Je ne saurai jamais vous remercier comme je le voudrais de votre accueil si bienveillant, si empreint de bonté envers moi »
Jeanne Ferrier à Marie Curie, 1921.

C’est à la Faculté des sciences de Montpellier que Jeanne Ferrier obtient une double licence de mathématiques et de sciences physiques. En 1910, elle épouse son professeur, Samuel Lattès, qui décède en 1918. Leur fille n’a que 5 ans lorsque Jeanne décide de rejoindre le Laboratoire Curie à Paris, sur les recommandations du mathématicien Paul Montel. Entre 1921 et 1929, elle effectue des recherches scientifiques à l’Institut du Radium, soutient sa thèse de physique en 1926 et publie de nombreux articles sur les utilisations biologiques des éléments radioactifs. Elle rencontre le physicien Georges Fournier, qu’elle épouse en 1929 et avec qui elle aura deux enfants. Pour des raisons de santé, elle quitte l’Institut du Radium en 1930 pour rejoindre Emile Borel à l’Institut Henri Poincaré, dans un bâtiment proche du Laboratoire Curie, jusqu’à sa retraite en 1958.

Marthe Leblanc (1904-197..)

Marthe Leblanc est une élève brillante : diplômée de la Faculté de pharmacie, elle a 20 ans lorsqu’elle passe le concours d’Internat des hôpitaux de Paris. Elle obtient le premier prix de la Fondation Buignet à 21 ans, puis celui de l’école supérieure de pharmacie en 1927. Sa licence en sciences physiques lui permet d’accéder au Laboratoire Curie en 1928 pour préparer une thèse de doctorat. En juillet 1929, c’est la première femme à obtenir la médaille d’or des hôpitaux de Paris, section pharmacie. Elle effectue des recherches scientifiques au Laboratoire Curie jusqu’en 1935, tout en exerçant la pharmacie.

© Musée Curie

Sonia Cotelle (à gauche) et Jeanne Lattès (à droite) à l'Institut du Radium en 1930.

© Musée Curie

De gauche à droite : Sonia Cotelle et Marguerite Perey en 1930 au Laboratoire Curie.

Marguerite Perey (1909-1975)


C’est en 1929 que Marguerite Perey entre comme préparatrice stagiaire auprès de Marie Curie, grâce à une bourse de l'Union minière du Haut-Katanga, qui exploite les gisements de minerais d'uranium et collabore avec le Laboratoire Curie. Elle restera 20 ans à l’Institut du Radium. Formée par Marie Curie elle-même aux techniques de purification des sources radioactives, elle devient sa préparatrice particulière. Technicienne experte, la chimiste poursuit sa carrière auprès d’André Debierne, qui succède à Marie Curie en 1934. En 1938, Marguerite Perey découvre un nouvel élément chimique, qu’elle baptise Francium. Elle s’engage alors dans des recherches universitaires et obtient sa thèse de doctorat en 1946. Marguerite Perey est nommée en 1949 professeur titulaire de la chaire de chimie nucléaire à l’Institut de Recherches Nucléaires de Strasbourg. Dans les années 1950, sa santé décline, probablement en lien avec une trop grande exposition à l’actinium et, en 1960, elle est contrainte de mettre un terme à ses fonctions. En 1962, Marguerite Perey est la première femme élue membre correspondant de l'Académie des sciences.

Sonia Slobodkine, épouse Cotelle (1896-1945)

Née à Varsovie, Sonia Slobodkine entre au Laboratoire Curie en 1919, après avoir obtenu à l’Université de Paris sa licence ès sciences et trois certificats de chimie. Elle devient Sonia Cotelle en 1922 et divorce en 1931, en conservant son nom, bien connu de ses collaborateurs à l’Institut du radium. Chimiste, chargée du service des mesures et de la préparation des sources radioactives les plus délicates, elle occupe l’un des postes clés du laboratoire. Sa nature joviale et son sérieux attirent la sympathie de tous. Marie Curie lui confie parfois des missions à l’étranger, loin du laboratoire, comme à l’Institut du radium de Prague en 1930. Elle décède en 1945.

pour aller plus loin : nos conseils de lecture


> « Les femmes du laboratoire de Marie Curie » de Natalie Pigeard-Micault, éd. Glyphe, 2013, disponible ici;
> « Le laboratoire Curie et ses Femmes (1906–1934) », Natalie Pigeard-Micault, Annals of Science, vol. 70, n. 1, pages 71-100, disponible ici;
> « L'image de Marie Curie et les stéréotypes des femmes en sciences », conférence de Natalie Pigeard-Micault tenue au Musée Curie le 03/03/2018, disponible ICI.