Irène et Frédéric Joliot-Curie dans leur laboratoire de chimie à l'Institut du radium en 1934 : une mise en scène métaphorique et théâtrale de travaux menés à quatre mains


Alors que Marie Curie poursuit ses recherches au laboratoire Curie de l’Institut du radium, Claudius Regaud, le directeur du laboratoire Pasteur du même institut, étudie les effets biologiques de la radioactivité. Ce dessein scientifique et humain que poursuit l’institut du radium s’observe dans la photographie de Claudius Regaud.

© Henri Manuel / Musée Curie (coll. ACJC)

Frédéric et Irène Joliot-Curie dans leur laboratoire de Chimie à l'Institut du radium en 1934

Agrégé de la Faculté de médecine de Lyon, Claudius Regaud est un histologiste spécialiste de la spermatogenèse. Dès 1906, le chercheur démontre l’extrême radiosensibilité des spermatogonies souches et met en évidence le fait que la chromatine, c’est-à-dire la substance présente dans le noyau cellulaire, serait la cible privilégiée des radiations. Ce travail scientifique établit les bases de ce que sera la radiothérapie élective. Alors qu’il entreprend dès 1911 ses premiers traitements par rayons X sur les malades du cancer, des premiers résultats l’amènent à être nommé par Émile Roux professeur à l’Institut Pasteur en 1913. Regaud participe alors à la création d’un tout nouvel institut, dépendant de l’Institut Pasteur et de la Sorbonne : l’Institut du radium, dédié aux recherches autour de la radioactivité. Ce dernier se constitue de deux laboratoires indépendants mais complémentaires : le laboratoire Curie et le laboratoire Pasteur. Alors que Marie Curie dirige les recherches en physique et en chimie au laboratoire Curie de l’Institut du radium, Claudius Regaud dirige le laboratoire Pasteur du même institut, et s’attache à étudier les effets biologiques et physiologique de la radioactivité.

Le portrait du chercheur intitulé Claudius Regaud, l'histologiste, à sa table de travail dans le pavillon Pasteur de l'institut du radium et réalisé vers 1930 semblerait être une photographie destinée au périodique scientifique Radiophysiologie et radiothérapie, la chronique officielle de l’Institut du radium et de la Fondation Curie .

Installé à sa table de travail, le chercheur a relevé la tête de son microscope. De trois-quarts, la tête tournée vers la fenêtre, Claudius Regaud adopte une expression rêveuse. Cette attitude donne à la photographie un caractère plutôt spontané. Moins posé et formel que certains portraits officiels, cette photographie invite à pénétrer intimement dans l’univers de l’histologiste. Cette impression générale est encensée par une lumière douce et diffuse. Les tons gris moelleux créent une atmosphère sereine et légère contrevenant au stéréotype du laboratoire excessivement clinique et stérile. En dépit de son caractère prétendument spontané, force est de constater que le laboratoire semble être misen scène. Alors que le regard, escorté par la diagonale formée par la table de travail, fuit à l’arrière-plan, nous pouvons observer que le laboratoire, et notamment les outils du chercheur, sont soumis à un ordre fortement géométrisant.

Ce portrait, d’une grande sensibilité, humanise le scientifique tout en représentant l’environnement consciencieux et formel dans lequel il évolue. Une telle représentation concilie ainsi le dessein scientifique et humain que poursuit Claudius Regaud.