© Musée Curie (coll. Institut du radium)

La fiche radioactive


La fiche radioactive fait partie des documents qui ont accompagné les expériences de Marie et Pierre Curie lors de leurs travaux sur la radioactivité et la qualification du polonium et du radium. Ce document a ensuite été étudié par Frédéric Joliot, avant de faire partie des archives présentées au musée.

Bien plus qu’une simple page de calculs, la fiche radioactive témoigne de différents stades de la recherche sur la radioactivité et s’inscrit dans l’histoire du musée depuis les années 1990. Revenons ensemble sur le parcours singulier de cet objet.

© Musée Curie (coll. Institut du radium)

Premier stade de la recherche : le contenu de la fiche

Cette page montre en particulier les calculs de la masse atomique du radium entrepris en 1902 par Marie et Pierre Curie. Leurs deux écritures sont visibles sur la feuille, témoignant de leur collaboration scientifique.

Les calculs présents en haut de la fiche ont été écrits par Pierre Curie. Ils permettent de retracer les étapes de séparation des éléments chimiques, puis indiquent une première estimation de la masse atomique du radium : Ra = 223,3. Les composés sont présents en très petite quantité : ils sont mesurés avec une balance apériodique, appareil inventé par Pierre Curie et capable de mesurer d’infimes quantités avec une grande précision.

En bas de la page, l’écriture de Marie Curie présente le calcul de contrôle qui leur permet de vérifier les résultats précédemment obtenus et d’évaluer une marge d’erreur. Les Curie arrivent à la conclusion suivante : la masse atomique du radium est proche de 225. C’est ce résultat qui est publié dans la thèse de Marie Curie en 1903. Par la suite, la masse atomique du radium est réévaluée : sa valeur est aujourd'hui de 226,0254.

Deuxième stade de la recherche : l'autoradiographie

En 1956, une exposition est organisée sur le travail de Marie et Pierre Curie. A cette occasion, Frédéric Joliot choisit des documents à exposer. Cette feuille de calcul en fait partie et il a l’idée d’en mesurer la radioactivité par autoradiographie. Il parvient à rendre visible l’invisible en réutilisant la méthode utilisée par Henri Becquerel lorsqu’il avait découvert les rayons uraniques : les rayons émis par les éléments radioactifs impressionnent les plaques photographiques.

Frédéric Joliot distingue « deux sortes de traces ». Celles qui sont dispersées témoignent des retombées de contenus radioactifs présents dans l’air (gouttelettes, poussières…) ; les traces plus denses semblent être la marque d’objets posés sur la fiche : un stylo ou même un doigt qui aurait tourné la page.

Il compare également ces mesures avec celles d’autres fiches plus tardives et moins radioactives, signe selon lui, de l’évolution de la radioprotection dans les laboratoires.

© Musée Curie (coll. Institut du radium)
Photo R. Paty © Musée Curie (coll. Institut du radium)

Musée Curie, après sa rénovation en 1996. Laboratoire de chimie.

© Musée Curie

Le fac-similé de la fiche radioactive dans le musée aujourd'hui

Du laboratoire au musée Curie


Cette fiche fait partie des collections du musée depuis plus de 20 ans et a été exposée au public à partir des années 1990. Lors des visites guidées, les médiateurs ouvraient la vitrine et approchaient un compteur Geiger-Müller : il crépitait, montrant ainsi que la fiche était toujours faiblement radioactive mais surtout donnant une appréhension sensorielle à cette radioactivité que les visiteurs ne pouvaient ni voir, ni toucher, ni sentir. Etant donné le très faible taux de radioactivité de la fiche, son exposition était sans danger pour les guides ou les visiteurs.

Malheureusement, cette exposition ne fut pas sans conséquences : une tache due à un produit chimique, présente en haut de la page, s’est étendue. De plus, l’encre utilisée par Marie et Pierre Curie pour écrire leurs calculs s’est évaporée au fil du temps en raison d’une trop longue exposition à la lumière. Afin de remédier à ces détériorations et de les stopper, la fiche a fait l’objet d’une restauration en 2013. Suite à cela, un fac-similé est réalisé : il a pris la place de la fiche dans les vitrines du musée et demeure visible pour tous nos visiteurs. L’original est préservé bien à l’abri de la lumière, mais la fiche exposée ne fait plus crépiter le compteur…

POUR ALLER PLUS LOIN :

Archives

> Pierre et Marie Curie. Papiers. I — ŒUVRES ET TRAVAUX SCIENTIFIQUES. XV-XVIII Pierre et Marie Curie. Travaux sur la découverte de la radioactivité naturelle. Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. NAF 18379-18381.

> Recherches sur les substances radioactives, de Marie Sklodowska-Curie. Thèse de doctorat. 1903.

Articles et livres

> Contamination radioactive de manuscrits de Pierre et Marie Curie, relatifs aux expériences ayant suivi la découverte du radium. Note de M. Frédéric Joliot. Compte rendu de l'Académie des sciences, séance du 17 février 1958 ;
> Le feuilleton du radium, de Nathalie Huchette et Camilla Maiani, édité par le Musée Curie, 2019 ;
> La fiche radioactive dans les dossiers documentaires du musée ;
> Le poids atomique du radium dans La méthode Curie ;
> Les Curie, de Pierre Radvanyi, Belin, 2005.